L’hiver est probablement l’une des saisons que je préfère pour grimper dans les Calanques. Lorsque le soleil est présent et que le mistral nous laisse tranquilles, les conditions peuvent être excellentes : températures agréables pour grimper, meilleure adhérence sur le rocher, moins de fréquentation et cette lumière hivernale si particulière sur la Méditerranée.
Mais réussir sa journée d’escalade dans les Calanques en hiver ne consiste pas simplement à regarder s’il va faire beau.
Entre Marseille, Cassis et La Ciotat, les orientations et les reliefs sont très variés. À quelques kilomètres de distance, on peut passer d’une falaise agréable au soleil à un secteur froid et exposé au vent.
Le secret est donc avant tout de choisir le bon secteur en fonction de la météo du jour.

Peut-on vraiment grimper tout l’hiver dans les Calanques ?
Oui, et c’est justement l’un des grands intérêts de la région.
Alors qu’une grande partie des sites d’escalade français deviennent difficiles à pratiquer en plein hiver, les falaises du littoral provençal permettent régulièrement de sortir les chaussons en décembre, janvier ou février.
Cela ne veut évidemment pas dire que toutes les journées sont bonnes.
La température annoncée n’est d’ailleurs qu’un élément parmi d’autres. En hiver, je regarde surtout :
- l’orientation de la falaise ;
- l’ensoleillement ;
- la force et la direction du vent ;
- l’humidité après les épisodes pluvieux ;
- la durée de la journée ;
- et bien sûr le niveau et l’expérience des grimpeurs.
Une falaise exposée au soleil et protégée du vent peut être très agréable alors qu’un autre secteur sera inconfortable le même jour.
C’est précisément pour cela que le choix du site est essentiel.
Cap Canaille : un incontournable pour l’escalade hivernale
À proximité de Cassis et de La Ciotat, Cap Canaille est naturellement l’un des premiers endroits auxquels je pense en hiver.
Le site est spectaculaire : falaises dominant directement la Méditerranée, couleurs allant du blanc au rouge et à l’ocre, et une grande diversité de roches qui donne à l’escalade un caractère très différent du calcaire blanc des Calanques marseillaises.
On y trouve aussi bien des secteurs d’escalade sportive que de magnifiques grandes voies.
Parmi les itinéraires bien connus figurent par exemple Ouvreur de Bouse, autour du 6a+, et Bienvenue chez Damoclès, plus soutenue.
Mais l’intérêt de Cap Canaille en hiver n’est pas uniquement la qualité de ses voies.
Selon l’heure, le vent et l’orientation, il est possible de choisir entre différents secteurs de la falaise. C’est cette possibilité d’adaptation qui en fait un terrain particulièrement intéressant lorsque les journées sont plus courtes.
Pour une première découverte, il n’est d’ailleurs pas nécessaire de partir immédiatement dans une grande voie difficile. Certains secteurs permettent également d’organiser une séance d’escalade en falaise avec une approche courte.
Découvrir les séances d’escalade en falaise à Cap Canaille
La Candelle : une grande classique des Calanques
En allant vers Marseille, La Candelle offre une ambiance complètement différente.
Ici, on retrouve le grand calcaire blanc caractéristique des Calanques, avec de nombreux itinéraires historiques.
Parmi les grandes classiques du secteur, on retrouve notamment Armata Calanca ou encore l’Arête de Marseille.
L’approche, la longueur des itinéraires et l’engagement de certaines voies demandent toutefois de bien anticiper la journée.
En hiver, je fais particulièrement attention à l’heure de départ. Il ne faut pas raisonner comme lors d’une longue journée de mai ou de juin : une petite erreur de timing peut vite se transformer en retour à la nuit.
La Candelle est donc un superbe choix lorsque les conditions sont bonnes, mais ce n’est pas forcément le secteur que je choisirais automatiquement pour toutes les journées hivernales.

La Calanque de l’Oule : une ambiance sauvage
La Calanque de l’Oule fait partie de ces endroits qui donnent immédiatement l’impression d’être loin de Marseille.
Le cadre est beaucoup plus sauvage et l’ambiance très maritime.
On y trouve notamment Les Futurs Croulants, itinéraire historique bien connu des grimpeurs des Calanques. La voie a été nettoyée il y a quelques années et nécessite du matériel de terrain d’aventure.
C’est justement un bon exemple de la différence entre connaître une cotation et connaître réellement un itinéraire.
Dans les Calanques, une voie ancienne notée 6a ou 6b ne doit pas forcément être abordée comme une voie sportive moderne de même cotation.
Qualité du rocher, éloignement des points, recherche d’itinéraire, matériel en place et exposition peuvent complètement changer l’expérience.
Avant de partir sur ce type de grande voie, il faut donc consulter un topo récent et vérifier les informations disponibles sur l’état actuel de l’itinéraire.
Sormiou : beaucoup de possibilités au bord de la mer
La Calanque de Sormiou est un autre secteur majeur pour l’escalade.
Son intérêt vient notamment de la diversité des orientations et des styles de voies autour de la calanque.
On peut y trouver de l’escalade sportive mais également de nombreuses grandes voies dans une superbe ambiance maritime.
Parmi elles, Mélodie est une très belle classique de Sormiou. Elle permet de profiter pleinement de l’ambiance des Calanques, avec une escalade variée et la Méditerranée en toile de fond.
C’est le genre d’itinéraire qui illustre parfaitement l’intérêt de Sormiou en hiver lorsque les conditions sont favorables.
Mais comme toujours à cette saison, je ne choisirais pas Sormiou uniquement parce que la météo annonce du soleil.
Il faut observer précisément le vent et l’orientation du secteur envisagé.
Callelongue et Les Goudes : une autre facette des Calanques
À l’extrémité sud de Marseille, Callelongue et Les Goudes offrent encore une autre ambiance.
Les reliefs sont plus ouverts, avec de nombreux petits massifs, des arêtes et des falaises dominant directement les îles de l’archipel de Riou.
Selon les conditions, ce secteur peut offrir de belles possibilités lors d’une journée hivernale.
C’est également un bon exemple de ce qui rend l’escalade dans les Calanques si particulière : il n’existe pas vraiment un seul « meilleur secteur ».
Le bon secteur est celui qui correspond à la météo, à votre niveau et à vos envies ce jour-là.
Et quand le mistral souffle ?
C’est probablement la question la plus importante en hiver.
Le mistral peut complètement transformer une journée.
Une température qui semble tout à fait correcte sur une application météo peut devenir très inconfortable sur une falaise exposée au vent.
Et dans les Calanques, le relief complique encore les choses.
Une paroi qui semble théoriquement orientée à l’opposé du vent n’est pas systématiquement protégée : cols, vallons et reliefs peuvent accélérer ou détourner les flux.
Avec l’expérience, on apprend donc à connaître les secteurs qui fonctionnent le mieux selon la direction et la force du vent.
Mon conseil est simple : lorsqu’un mistral important est annoncé, ne choisissez pas votre voie uniquement d’après son niveau ou sa beauté.
Choisissez d’abord le secteur. La voie vient ensuite.
Et certains jours, la meilleure décision reste simplement de reporter la sortie.
Comment s’équiper pour grimper dans les Calanques en hiver ?
En grimpant, il peut faire très bon au soleil. À l’arrêt ou au relais, la sensation est complètement différente.
Je conseille généralement de prévoir plusieurs couches plutôt qu’un seul gros vêtement.
Dans mon sac en hiver, on trouve notamment :
- une petite doudoune facilement compressible ;
- un coupe-vent ;
- un bonnet ;
- suffisamment d’eau ;
- quelques aliments faciles à manger ;
- un téléphone chargé ;
- et, pour une grande voie, une lampe frontale même lorsque je n’ai absolument pas prévu de rentrer de nuit.
La frontale ne pèse presque rien et peut éviter qu’un petit retard devienne un vrai problème.
Il faut également penser au temps passé à assurer. Le grimpeur en mouvement peut avoir chaud pendant que son partenaire reste immobile au relais.
Un topo récent reste indispensable
Pour grimper de manière autonome, je recommande de disposer d’un topo d’escalade récent.
Le nouveau topo consacré à Cassis et La Ciotat recense près de 650 voies et intègre les évolutions récentes des secteurs, des accès et de l’équipement.
Découvrir le nouveau topo d’escalade de Cassis et La Ciotat
Il faut aussi vérifier les réglementations avant chaque sortie.
Certaines voies ou certains secteurs du Parc national des Calanques peuvent faire l’objet de fermetures temporaires, notamment pour protéger la nidification des oiseaux.
À Cap Canaille, il faut également garder en tête que la route des Crêtes peut être fermée lorsque le vent est violent.
Découvrir l’escalade dans les Calanques en hiver avec un moniteur
L’hiver est aussi une excellente période pour découvrir l’escalade dans la région.
Il n’est pas nécessaire d’être un grimpeur expérimenté pour profiter des falaises de La Ciotat et de Cap Canaille.
Selon votre niveau et les conditions du jour, il est possible d’organiser :
- une découverte de l’escalade en falaise ;
- une séance de perfectionnement ;
- une première expérience en grande voie ;
- ou une grande voie plus ambitieuse pour les grimpeurs déjà autonomes.
Le choix du secteur et de l’itinéraire se fait en fonction de votre expérience, de vos envies et surtout de la météo.
Les séances d’escalade sont privatisées pour votre groupe, avec 8 grimpeurs maximum par moniteur, et les sorties en grande voie se font avec une ou deux personnes maximum.
Consulter les tarifs et préparer votre sortie d’escalade
Alors, où grimper dans les Calanques cet hiver ?
Il n’y a pas une réponse unique.
Cap Canaille, La Candelle, l’Oule, Sormiou ou Callelongue peuvent tous offrir de très belles journées d’escalade en hiver.
Mais le meilleur choix dépendra toujours des conditions du moment.
C’est d’ailleurs ce que j’aime dans les Calanques : même après de nombreuses années à parcourir ces falaises, la météo nous oblige toujours à nous adapter.
En hiver encore plus qu’à une autre saison, il faut observer le soleil, le vent et la mer avant de choisir son objectif.
Et lorsque toutes les conditions sont réunies, grimper face à la Méditerranée en plein mois de janvier fait partie des expériences que l’on oublie difficilement.

















